François Lachaud


Histoire des religions du Japon (bouddhisme) ; histoire de l’art ; littérature japonaise ; histoire de l'érudition.

Les recherches de François Lachaud sont consacrées à l'histoire du bouddhisme et de ses héritages dans la culture japonaise depuis la fin du moyen âge jusqu’à l’époque moderne. Ses travaux ressortissent à l’histoire de l’art, à l'histoire du bouddhisme, ainsi qu'à l'étude de la littérature classique (japonaise et sino-japonaise).

 

I- Vie solitaire et création artistique : les mondes de Nagai Kafū (1879-1959)

François Lachaud a consacré plusieurs travaux aux formes de l'existence retirée d'abord à l'époque médiévale, puis aux périodes d'Edo (1603-1867) et de Meiji (1868-1912). De Saigyō (1118-1190) à Karaki Junzō (1904-1980), cette éthique / esthétique de l'existence trouve un aboutissement dans l'œuvre de Nagai Kafū (1879-1959). Cet homme de lettres qui fut, sa vie durant, un solitaire militant incarne l'une des tentatives les plus abouties tentative d'unir dans une même création les lettres et les arts venus du Japon à ceux venus d’Occident (plus particulièrement) de France, de Chine et du Japon afin de développer une interprétation critique de la civilisation japonaise confrontée aux Temps Modernes. Consacré pour l'essentiel à la ville moderne et à ses représentations, mais aussi à l'existence lettrée et à ses enjeux, l'ensemble de ses écrits, dans son abondance, contribue à une meilleure compréhension de certains des enjeux de la modernité littéraire et artistique au Japon ; à la relation particulière entre l'art français de la fin du dix-neuvième siècle ; enfin à la redécouverte des ruptures et des continuités culturelles qui ont marqué l'histoire culturelle du Japon. 

 

II- Collectionneurs, antiquaires lettrés : le Japon de Kimura Kenkadō (1736-1802) et d'Ueda Akinari, (1734-1809)

La situation géopolitique du Japon, assez unique, entre fermeture officielle et ouverture réglementée aux savoirs venus de l'étranger, notamment par le truchement de la langue chinoise, a contribué à faire du dix-huitième siècle un « âge d’Or » de l’antiquariat, de la collection que l'on découvre dans les vies desdits antiquaires, mais aussi des excentriques, des collectionneurs, des connaisseurs, des marchands et des libraires.  L’un des fils d'Ariane qui permet de réunir ces différents personnages n’est autre que la figure du « Protée japonais », polymathe, peintre et collectionneur hors normes : Kimura Kenkadō (1736-1802). Ses notes journalières qui contiennent près de 40 000 noms de personnes dont 6000 identifiées constituent le document clé pour établir une cartographie de l’histoire des collections, de la circulation des objets d’art, des livres, des outils lexicographiques, du fonctionnement des académies privées, des échanges religieux et artistiques inter pares, avec l’étranger, des formes nouvelles du goût chinois. L'étude d'Ueda Akinari, (1734-1809), ami de Kenkadō, amateur de thé, excentrique, philologue, amateur de choses chinoises, connaisseur des lettres japonaises, peintre de talent, satiriste et conteur hors-pair fait pendant, sous forme de vie parallèle, à celle de Kenkadō et introduit, à son tour, à de nombreuses autres vies ainsi qu’à un ensemble de textes qui sont à la fois une contribution à la vie lettrée, religieuse et à l'histoire de l'art japonais. Il en va de même de la vie et de l'oeuvre de  de l'antiquaire Tō Teikan (1732-1797) qui n'a pas encore fait l'objet de recherches systématiques au Japon ou en Occident.


III- La Troisième voie : l'école zen Ōbaku à l'époque d'Edo (1603-1868)

F. Lachaud étudie le rôle du bouddhisme zen de l'école Ōbaku à l'époque d'Edo (1603-1868) transmis par des moines chinois. Ce travail, centré sur les académies informelles des moines éminents de l'école et des lettrés japonais, porte sur les artistes (religieux, peintres « amateurs », calligraphes, maîtres de thé, céramistes, etc.). Le Vieil Homme qui vendait du thé, (Cerf, 2010) a servi d’introduction à cet univers encore méconnu. À travers les peintres japonais les plus importants liés à l'école que furent Ito Jakuchū (1716-1800), Ike [no] Taiga (1723-1776) et sa femme (Tokuyama) Gyokuran (1727-1784), mais aussi d'outsiders liés au monde du Zen tels que Nagasawa Rosetsu (1754-1799), il s'agit de s'interroger sur le rôle dominant des grands établissements de cette école, à commencer par son monastère principal, le Manpuku-ji, dans la formation des artistes (peintres, sculpteurs, calligraphes, etc.), des lettrés, des amateurs de thé, ainsi que des collectionneurs. Fruit du hasard de la présence de moines érudits venus en exil depuis le sud de la Chine (du Fujian notamment) à la chute des Ming, cette renaissance atteste d'une curiosité et d'un cosmopolitisme artistiques et intellectuels, qui demeurent l'une des caractéristiques du Japon contemporain en termes de religion, de création artistique et intellectuelle. Parmi les divers artistes qui, fidèles à l'esprit de l'école, tout en s'adaptant au goût de leur temps, l'on trouve les Peintures des Cinq Cents Grands Disciples (j. Gohyaku Rakan zu) de Kanō Kazunobu 1816-1863, qui permet, à travers l'étude de sa genèse et de sa portée de suivre dans la longue durée les héritages de cette école jusqu'à la fin de l'époque Edo.

 

IV- Empires d'Occident, empires d'Orient : interactions culturelles et religieuses en Asie orientale (1600-1900)

Si F. Lachaud étudie d'un côté la réception de la culture du bouddhisme et du goût chinois dans la société d'Edo, depuis le début des années 2000, il s’est tout particulièrement intéressé à celle des rencontres entre la civilisation japonaise, l'Occident et l’Eurasie depuis l’époque des Grandes Découvertes jusqu'à l’avènement de l'ère moderne. Cette étude interdisciplinaire se fonde sur un examen des sources - religieuses et profanes, iconographiques et textuelles - japonaises, chinoises, ibériques, italiennes, néerlandaises, russes ou françaises - et sur une collaboration avec de nombreux chercheurs venus de divers horizons. Un premier volume, Empires éloignés (EFEO, 2010) porte sur les formes de la rencontre entre l'Occident et le Japon entre 1550 et 1900 ; un second, Empires en Marche / Empires on the Move (EFEO, 2017) a traité des diverses modalités d’échange entre la Chine et l’Occident à la même période. Une troisième partie de ce projet (2017-) est, plus spécifiquement, consacrée aux espaces eurasiatiques (notemment la Russie) et aux échanges interreligieux en Asie orientale.

François Lachaud
François Lachaud

Directeur d'études

Bouddhisme et civilisation japonaise
Buddhism and Japanese Civilization


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