Articles

Jacques P. Leider

Les représentations d'Alaungmintaya, roi de Myanmar (1752-1760), dans les historiographies birmane et occidentale

En 1752, Aung Zeya, un chef de village du centre de la Birmanie mena une révolte contre la domination du roi de Pégou. Cinq ans plus tard, il devenait le seigneur d'un royaume unifié et prenait le titre d'Alaungmintaya (futur dhammarāja). Reconnu par ses sujets comme un grand roi puissant, Alaungmintaya prit rapidement place parmi les figures héroïques du pays dans l'historiographie birmane. L'article est consacré aux perceptions et à l'image du roi dans l'historiographie occidentale et birmane. Il présente un sommaire du contexte historique et rappelle la métamorphose politique qui vit la transformation d'un chef de village ordinaire en figure cosmique.


Le récit de voyage de Michael Symes (1800) et quelques autres ouvrages anglais établirent tout d'abord dans les descriptions occidentales une image positive du roi. Cette image s'estompa toutefois au cours du XIXe siècle, l'historiographie britannique coloniale et post-coloniale faisant alors remonter au règne du roi Alaungmintaya la peinture généralement péjorative qu'elle dressa de la dernière dynastie birmane.
Pour sa part, l'historiographie birmane nationaliste a produit des interprétations positives du règne d'Alaungmintaya qui mettent en exergue son œuvre politique et militaire. Cette rationalisation d'une biographie colorée de surnaturel par les chroniqueurs a permis des interprétations variées du roi comme homme d'État et comme référence morale. Seule l'historiographie birmane très récente s'est ouverte à une plus grande complexité analytique en incluant, au-delà des chroniques, des sources diverses, notamment administratives.

Steven Prigent

La vie des habitants de Cheung Kok sous le régime khmer rouge

Cet article se fonde sur une série d'enquêtes ethnographiques menées sur le long terme et pose un témoignage « idéal-typique » de ce qu'a pu être la vie des habitants du village de Cheung Kok (province de Kompong Cham au Cambodge) dans les années 1973-1978. Cette étude ne dépasse l'échelle du village que pour mentionner les noms de certains dirigeants de la commune et du district et se présente comme une contribution ethnographique au champ des recherches menées sur le régime khmer rouge. Plus précisément, elle a pour objet la population paysanne qui n'a pas quitté sa région natale pendant et après le Kampuchéa démocratique et un village qui n'a pas accueilli de membres du « peuple nouveau » - ces citadins lettrés qui n'ont pas pu fuir le Cambodge, qui ont été déportés en milieu rural et qui, à la différence des membres du « peuple ancien », ont fait l'objet d'une aversion idéologique explicite.

Apiradee Techasiriwan et Volker Grabowsky

Note sur des inscriptions gravées sur des piédestaux de buddhas en bois et sur des colophons de manuscrits bouddhiques du Nord du Laos

Cette note s'inscrit dans le cadre de recherches interdisciplinaires sur les paratextes des manuscrits tai lue du Yunnan et du Nord du Laos menées à l'université de Hambourg. Elle dresse un inventaire des éléments constitutifs communs à ces inscriptions et colophons tai lue du Nord du Laos et procède ensuite à leur analyse détaillée.

Andrew Skilton et Phibul Choompolpaisal

La « méditation ancienne » (Th. boran kammatthan), une pratique de méditation antérieure à la réforme du theravāda enseignée au monastère Ratchasittharam
La section des « ravissements » du kammatthan matchima baep lamdap

Les pratiques de méditation actuellement associées au bouddhisme theravāda s'appuient pour l'essentiel sur des textes issus des réformes opérées au XIXe siècle en Birmanie et en Thaïlande. En dépit de travaux pionniers menés par certains chercheurs français, thaïlandais et britanniques, la méditation telle qu'elle se pratiquait antérieurement à ces réformes reste mal connue et ses lignées de transmission comme sa diversité interne n'ont à ce jour fait l'objet d'aucune recherche spécifique. Le présent article tente de remédier en partie à cela en proposant la description détaillée d'une des formes de pratique de méditation relevant de la méditation dite « ancienne » (Th. boran kammatthan) telle que transmise par le suprême patriarche Suk Kaithuean, une pratique enseignée à l'heure actuelle uniquement au monastère Ratchasittharam de Thonburi. Cette pratique fait appel à l'invocation des signes éidétiques (P. nimitta) des cinq « ravissements » (P. pīti) et à leur déplacement selon des schémas préétablis dans le corps du méditant. Cet article met notamment en évidence un emploi inattendu et unique d'une terminologie empruntée à l'Abhidhamma, replace la pratique des « ravissements » dans le contexte plus large de la « méditation ancienne » et étudie ses liens probables avec l'Abhidhamma. Les auteurs espèrent ainsi ouvrir la voie à d'autres études destinées à explorer la diversité des techniques de « méditation ancienne ».

Grégoire Schlemmer

Une population méconnue du Viêt-Nam : Les Tai Lu
À propos de Vũ Khánh (chief ed.), 2012, Ngưòi Lự / The Lự in Vietnam, Hanoi, VNA Publishing House, 168 p.

Cet article présente des informations inédites tirées d'un petit livre ethno­graphique sur les Tai Lu du Viêt-Nam, une petite communauté de 5 600 personnes de la province de Lai Chau, bordant le Laos et la Chine, pays d'où ces Tai Lu sont originaires et où ils sont numériquement bien supérieurs. Les informations extraites de ce livre sont enrichies et confrontées avec celles tirées de divers écrits de la période coloniale. Les données concernant l'histoire de ce groupe, son mode de vie et son organisation religieuse nous permettent de mesurer leur singularité par rapport aux Tai Lu des pays voisins.

 

Dossier thématique

Fouilles stratigraphiques à Angkor
Autour d'un rapport de fouilles inédit de B.‑P. Groslier


Dossier coordonné par Christophe Pottier
Contributions de B.‑P. Groslier, Brice Vincent, Jean-Baptiste Chevance,
Pierre Bâty, Armand Desbat, Farid Sellami et Sandrine Marquié


« Fouilles du palais royal d'Angkor Thom. Campagne 1958 - Rapport préliminaire », le texte de B.‑P. Groslier qui constitue le point de départ de ce dossier, est un rapport préliminaire adressé au directeur de l'École française d'Extrême-Orient en mai 1958. Même si l'on doit garder à l'esprit le caractère temporaire et probablement pour partie obsolète des conclusions qu'il propose, ce rapport constitue un moment important de l'archéologie angkorienne. Les publications définitives des fouilles n'ayant jamais vu le jour, il présente en effet des résultats inédits qui constituent le vivier dans lequel B.‑P. Groslier a abondamment puisé pour orienter et justifier nombre de ses études sur l'histoire d'Angkor et il illustre bien l'importance que celui-ci accordait à l'interprétation des informations stratigraphiques dans un contexte historique élargi. Les résultats de ses fouilles au palais royal ont par ailleurs eu une influence majeure sur son approche de la chronologie angkorienne.
La publication de ce rapport est accompagnée par un ensemble de contributions destinées à le contextualiser, l'actualiser, le compléter et à le mettre en perspective avec des travaux archéologiques récents.
« Le mobilier en bronze du palais royal d'Angkor Thom » de Brice Vincent propose ainsi un inventaire exhaustif et une note détaillée qui revient sur l'ensemble du mobilier de bronze mis au jour au palais royal d'Angkor Thom par B.‑P. Groslier et par ses prédécesseurs Henri Marchal et Maurice Glaize, et sur la proximité d'un atelier métallurgique voisin.
« Banteay, palais royal de Mahendraparvata » de Jean-Baptiste Chevance, présente le bilan des trois campagnes de fouilles qu'il a conduites de 2009 à 2012 sur le site inédit de Banteay au Phnom Kulen et les éléments qui l'ont mené à l'identifier au palais royal de la capitale du Mahendraparvata.
Enfin, « Le tertre E à Trapeang Ropou : approche archéologique et géomorphologique d'un habitat angkorien » de Pierre Bâty, Armand Desbat, Farid Sellami et Sandrine Marquié revient sur les fouilles extensives menées à Trapeang Ropou à proximité de l'aéroport de Siem Reap. Utilisant des techniques de fouille préventives appliquées en Europe, cette opération témoigne du riche potentiel des recherches sur l'habitat angkorien non monumental qui se sont développées récemment à Angkor.


Actualité de l'EFEO
Mise en ligne du fonds photographique Pierre Pichard

999 photographies de l'architecte Pierre Pichard, ancien membre de l'EFEO, sont disponibles sur le site de la photothèque.
Ces clichés ont été pris entre 1987 et 2004 lors de missions en Indonésie, Inde, Sri Lanka, Laos, Birmanie, Bhoutan, Népal, Cambodge, Thaïlande et Corée du Sud.
 EN SAVOIR PLUS
Séminaire EFEO Paris

Lundi 13 novembre Ryosuke Furui (Institute for Advanced Studies on Asia, University of Tokyo) intervient sur le thème « Changing Structure of Political Powers in South Asia: Bengal from the Fifth to the Thirteenth Century »

De 11h à 12h30 (entrée libre)
Maison de l'Asie, 22, avenue du Président Wilson, 75116 Paris, Grand salon, 1er étage
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Colloque ''Gestion des eaux d'Angkor : Bilan des études et perspectives''

Vendredi 10 novembre l'Association des Amis d'Angkor (AAA) organise le colloque Gestion des eaux d'Angkor : Bilan des études et perspectives.
Maric Beaufeïst intervient sur le thème « la restauration du Mébon occidental et l'utilisation de nouvelles technologies »

Auditorium "SETEC", Immeuble Central Seine, 46, quai de la Rapée, 75012 Paris
Séminaire EFEO Paris

Lundi 6 novembre Yoon Hyong-jin (Asiatic Research Institue, Korea University) intervient sur le thème « Community Organizations in the Colonial East Asia and its legacy: Focused on 'Baojia' »

De 11h à 12h30 (entrée libre)
Maison de l'Asie, 22, avenue du Président Wilson, 75116 Paris, Grand salon, 1er étage.
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Allocation de terrain EFEO - 1er semestre 2018

La date limite de dépôt des dossiers de candidature à l'allocation de terrain permettant aux étudiants en Master II et en doctorat d'effectuer un séjour d'étude en Asie au premier semestre 2018 dans un des centres de l'EFEO est le 15 octobre 2017
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Nouvelle parution

Le quatrième volume du programme Épigraphie et mémoire orale des temples de Pékin - Histoire sociale d'une capitale d'empire, conduit par l'EFEO, avec le soutien de l'École Pratique des Hautes Études et de l'Université Normale de Pékin est paru.

Il contient les notices relatives à cent quarante-trois temples, situés dans le quatrième bandeau de la fameuse Carte complète de la capitale, présentée en 1750 à l'empereur Qianlong, cent trente-neuf inscriptions commémoratives sur pierre et six autres sur divers objets rituels. Les stèles en tibétain, mongol et mandchou ont été retranscrites grâce au concours de Françoise Wang, Tsultrim Sangyé , Urgumal, Baosurina et Alice Crowther.

Marianne Bujard (吕敏), éd., Ju Xi, Guan Xiaojing 關笑晶, Wang Minqing 王敏慶 et Lei Yang 雷陽, Beijing neicheng simiao beike zhi 北京内城寺廟碑刻志 (Temples et stèles de Pékin), vol. 4, 2 tomes, 916 p., Pékin, Guojia tushuguan chubanshe 國家圖書館出版社 (Bibliothèque nationale de Chine), 2017.
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