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Responsable : Véronique Degroot

École française d'Extrême-Orient
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PRÉSENTATION
BIBLIOTHÈQUE
Conférence : La diaspora maritime des Bajos d'Indonésie : ce que la langue dit de l'histoire.
16 MAI 17
Philippe Grangé, Université de La Rochelle (France) pgrange@univ-lr.fr
Mercredi 17 mai à 17h30Auditorium de l'IFIJalan Thamrin No 20
Le peuple Bajo (Sama-Bajau) est aujourd'hui dispersé dans d'innombrables villages sur les littoraux de la partie Est de l'Indonésie, le sud des Philippines (archipel Sulu) et le nord de Bornéo (province de Sabah, Malaisie). La famille linguistique Sama-Bajau, qui regroupe une dizaine de langues, montre à l'évidence que les communautés Sama-Bajau aujourd'hui éloignées de milliers de miles nautiques proviennent toutes d'un seul et même peuple, et d'un territoire d'origine unique. La migration des Sama-Bajau a débuté bien avant la période coloniale, et s'est déroulée par étapes. De plus, certains groupes sont devenus nomades des mers, une étiquette romantique que l'on attribue parfois de façon erronée à l'ensemble des communautés Sama-Bajau.
Le souvenir du territoire d'origine des Sama-Bajau a été complètement oublié au cours de ces longues migrations, qui ressemblent plus à un réseau mouvant et dynamique qu'à un itinéraire à sens unique. Les traditions orales Sama-Bajau évoquent divers territoires d'origine, notamment en Malaisie péninsulaire, mais aucun argument scientifique ne vient étayer ces récits mythologiques. Ces mythes des origines Sama-Bajau ont cependant un motif en commun : l'exil, le bannissement, c'est-à-dire être chassé d'un territoire.
La question de leur origine intrigue et passionne les Sama-Bajau eux-mêmes : à la différence d'autres peuples orientés vers les activités maritimes, grands navigateurs (Bugis notamment), les Sama-Bajau ne peuvent se référer à un territoire d'origine précis, pas même à une ville ou un monument symbolique. Leur diaspora n'ayant pas laissé de documents historiques ni d'indices archéologiques, seules la linguistique et la génétique peuvent contribuer à retracer cette migration, jusqu'à leur territoire d'origine.
Dans cette conférence, nous évoquerons les données de la linguistique et de la génomique (recherches conjointes en cours avec des généticiens de l'université de Toulouse et Eijkmann Institute à Jakarta). Le grand nombre de mots malais dans les langues Sama-Bajau montre qu'ils ont été en contact avec les Malais (l'empire Srividjaya, probablement) avant de se disperser. Seuls les Bajos d'Indonésie ont emprunté des mots bugis, mais aussi des traditions culturelles de Célèbes Sud. De leur côté, les langues Sama-Bajau des Philippines n'ont aucune trace du bugis, mais ont échangé de nombreux mots avec le tausug (une langue originaire de Mindanao). Ceci montre que la deuxième phase de la diaspora s'est produite non pas linéairement comme l'on pensait, mais à partir de deux foyers séparés : Sulawesi Sud  détroit de Makassar, Indonésie de l'est, jusqu'à Moluques et Timor ; et d'autre part Archipel Sulu  Célèbes Nord, Sabah et Kalimantan Nord. Les résultats des études génomiques récentes montrent une très longue cohabitation des Bajos d'Indonésie avec les Bugis, mais aussi un apport étonnamment diversifié de gènes qui confirme la tradition d'ouverture, de mobilité et de pragmatisme des Sama-Bajau. Si bien qu'être Bajo aujourd'hui est plus une identité culturelle qu'un héritage génétique.
Mais avant sa diaspora, d'où venait le peuple Sama ? On savait que leur langue montre quelques similarités avec les langues du groupe Sud-Barito (Kalimantan Centre & Sud). En enquêtant sur le terrain, nous pensons avoir identifié une aire linguistique bien plus précise. Nous proposerons un scénario de la longue errance des Bajo, qui commença il y a plus de 1000 ans depuis l'estuaire de la Barito (Kalimantan Sud) jusqu'aux rivages de l'Indonésie de l'est, de Sabah et des Sulu.


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