Mars 2014 a vu le démarrage d'un nouveau projet dans le domaine du tamoul classique. L'inauguration de ce projet, dont l'acronyme est NETamil et le nom complet est "Going from Hand to Hand: Networks of Intellectual Exchange in the Tamil Learned Traditions" a eu lieu dans le Centre EFEO de Pondichéry. Le projet est financé pour cinq ans, à hauteur de 2,5 millions d'euros, par le European Research Council, sous la formee d'un ERC Advanced Grant obtenu par Eva Wilden. Le projet permettra de mener à son terme la digitalisation des manuscrits sur lesquels est préservée la littérature classique tamoule, digitalisation qui a été commencée il y a dix ans dans le cadre du projet Caṅkam. Outre la description fine des témoins qui survivent et la continuation de la réédition critique du corpus classique, le but est une étude en profondeur de l'histoire de la transmission et de la tradition intellectuelle, à l'intérieur des communautés qui ont porté ces textes, génération après génération et ont ainsi permis leur survie.

Le groupe des membres du projet NETamil est international, réunissants 25 chercheurs, venant de 8 pays et trois continents (Inde, Europe and Amérique). La moitié d'entre eux est financée par le projet et leur activité se déploiera dans les locaux de deux sites: Pondichéry, qui sera aussi la base d'où pourront partir de nouvelles missions sur le terrain, et Hamburg, où le CSMC (Centre for the Study of Manuscript Cultures) à l'université de Hamburg (Allemagne), est actuellement équipé d'un laboratoire de pointe, mondialement réputé, où il est possible de rendre lisible des manuscrits dont l'encre a pratiquement disparu. A cela doit être ajouté le partenariat du projet NETamil avec la une institution indienne importante, la Central University of Tamil Nadu, Tiruvārūr, où vient de démarrer, sous l'égide du Professeur K. Nachimuthu, le premier curriculum universitaire conduisant à un diplôme de Tamoul Classique

Les thèmes de recherche se se répartissent en quatre grandes divisions : (A) L'étude de la litérature du Caṅkam literature, où se continue le travail effectué, ou en cours, sur les anthologies Akanāṉūṟu, Aiṅkuṟunūru, Puṟanāṉūṟu et sur plusieurs des Pattuppāṭṭu. ; (B) Le prolongement de celle-ci à l'étude des Patiṉeṇkīḻkkaṇakku, c'est-à-dire les Dix-huit œuvres classiques mineures, en commençant l'étude de celles qui prolongent les traditions de la littérature amoureuse (Akam) et de la litérature héroïque (Puṟam) ; (C) Un groupe important de chercheurs travaille à la préparation d'une édition critique du texte fondateur de la tradition shastrique tamoule, le Tolkāppiyam, ainsi qu'à celle de ses commentaires ; (D) enfin, un autre groupe travaille sur la collection de manuscripts vishnouites de l'EFEO. La communication entre les quatre groupes (dont les frontières ne sont pas étanches) est rendu possible et necessaire par leur preoccupation commune de comprendre l'interaction, dans cette partie de l'Inde, entre les deux langages dominants, le tamoul et le sanskrit, et le rôle joué par leur enfant commun, le Maṇipravāḷam, dans la vie intellectuelle locale.