Des pierres et des images

Pierres et images

Représentations religieuses

Figures divines de l'Inde du Sud

Les actions de ce programme mené par Charlotte Schmid poursuivent une réflexion sur des corpus de représentations religieuses à l'aide, entre autres, des textes disponibles (sanskrits et tamouls) et en privilégiant les inscriptions pour leur caractère archéologique. Elles s'organisent autour de deux axes majeurs : les ruptures iconographiques en Inde ancienne et le corpus des temples de village d'âge chola (IXe-XIIIe siècle), deux parcours de recherche où l'on retrouve de façon récurrente la figure du dieu Krishna et les relations entre culture locale et pouvoir royal.

Au sein de l'EFEO, la coopération avec le personnel scientifique du centre de Pondichéry est indispensable - les tamoulisants G. Vijayavenugopal, spécialisé dans l'épigraphie de langue tamoule, R. Varadadesikan, chantre de la dévotion vishnouite au pays tamoul, l'historienne de l'art Valérie Gillet œuvrant sur les Pandya, les philologues Dominic Goodall et Eva Wilden qui éditent et étudient tant la tradition sanskrite que tamoule.

Apparitions méridionales

Le présent projet s'appuie sur les recherches antérieures menées sur les périodes kouchane puis goupta en Inde du Nord autour de la divinité à laquelle on donne communément le nom de Krishna et le dieu Vishnu, dont Krishna ne serait qu'un avatâra, une forme parmi d'autres. S'appuyant sur une réflexion portant, pour l'essentiel, sur l'apparition des représentations figurées de Krishna aux environs de notre ère et sur la rupture iconographique de l'âge goupta (IVe-VIe siècle) lorsque se fait jour une forme de normalisation iconographique, l'enquête est aujourd'hui conduite sur les figures divines de la bhakti méridionale. L'établissement d'un empire pallava dans le pays tamoul marquel'apparition des représentations figurées de ces dieux de bhakti au cours du VIe siècle : Vishnu, Shiva et les divinités féminines qu'on regroupe sous la dénomination de « Déesse ».

Les débuts du vishnouisme. Comme celles des autres divinités de l'hindouisme, les premières figures connues du dieu Vishnu en pays tamoul sont celles de l'époque pallava. Les recherches menées dans le centre sur le corpus Pallava connu et les explorations archéologiques menées dans le territoire pallava donnent lieu à une nouvelle évaluation de l'implantation et de la diffusion du vishnouisme ancien au Tamil Nadu. Il s'avère que ce mouvement est à la fois plus important et d'une nature plus proprement royale qu'on n'a pu le croire.

Certaines des perspectives ainsi ouvertes font l'objet des trois « Chroniques pallava », co-écrites avec Emmanuel Francis et Valérie Gillet dans le Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient (2005, 2006, 2007).
L'avatâra Krishna lui-même constitue un angle d'approche particulier de la recherche. L'étude des textes tamouls anciens et des corpus de sculptures de la période pallava puis de la période chola qui lui succède dessinent un krishnaïsme bien particulier, dont un aspect très lettré spécifique du pays tamoul. Le dieu Krishna apparaît dans la littérature tamoule avec l'épopée du Cilappatikâram, en même temps sans doute que ses premières figures dans l'art des Pallava. La confrontation de ces deux types de documents avec des équivalents ultérieurs, le Divyaprabandham où Krishna est très présent et les sculptures de l'âge chola, fait surgir une figure très présente dans l'Inde contemporaine : le joueur de flûte. Les représentations du dieu Krishna en flûtiste sont innombrables. Elles dépeignent le jeune dieu en enfant ou en séducteur, jouant de son instrument en compagnie de jeunes femmes, de bovins et d'autres compagnons encore. Pourtant l'on sait fort peu de choses de ce flûtiste. Constatant l'apparition assez récente du musicien en Inde du Nord, où il n'est pas représenté avant le XIIIe siècle environ, l'enquête met au jour, d'une part, la spécificité méridionale de la figure musicienne et, d'autre part, l'antiquité de son association avec le Krishna Porteur de montagne. Elle est exposée dans un article à paraître.

Premiers Shivas. L'étude de la première iconographie shivaïte du pays tamoul s'appuie sur ce qui a constitué un projet commun, avec Emmanuel Francis et Valérie Gillet, sur le temple du Kailasanatha de Kancipuram. Exemple exceptionnel d'art royal, d'alliance signifiante entre épigraphie et iconographie et d'invention des images, cette fondation dynastique où apparaissent pour la première fois des représentations divines dont nombre feront école dans le Tamil Nadu, voire dans l'ensemble de l'Inde méridionale et même dans certains pays indianisés, n'a jamais fait l'objet d'une publication d'ensemble. Le projet s'inscrit dans la continuité des mémoires archéologiques de l'EFEO (cf. les travaux de Jacques Dumarçay, Françoise L'Hernault et Pierre Pichard). La publication des résultats prendra peut-être la forme de plusieurs volumes, consacrés chacun à un corpus différent au sein du temple. Certaines perspectives sont également exposées dans les « Chroniques pallava ».

Déesses « pallava ». Avec l'assistance logistique et scientifique de N. Ramaswamy (chauffeur-assistant) et de G. Ravindran (photographe) du centre EFEO de Pondichéry, Charlotte Schmid a pu réunir un corpus exceptionnel de représentations populaires de divinités féminines du pays tamoul témoignant, à l'époque pallava, de l'adaptation de concepts septentrionaux au contexte méridional. Deux figures structurent le corpus : une déesse debout sur une tête de buffle, et une déesse assise entre deux assistants dont l'un est pourvu d'une tête de bovidé. Les déesses debout sur une tête de buffle coupée correspondent à la figure divine d'un des chapitres du même Cilappatikâram où l'on rencontre pour la première fois un Krishna jouant de la flûte.
Une partie de ce corpus a fait l'objet d'une présentation dans deux articles dont on attend la publication. Une publication en ligne pourrait également intervenir, afin de donner accès à l'ensemble d'un corpus trop riche pour pouvoir être publié sur papier dans son intégralité.

Temples de village de l'âge chola

Un corpus de temples de village d'âge chola comportant des frises historiées dont la littérature narrative offre d'autres versions donne lieu à des études de type monographique comprenant des corpus épigraphiques inédits. Ils ont ouvert de nouvelles pistes de recherche : incarnations locales du pouvoir central, tradition des éloges royaux, réseau de donateurs, rivalités sectaires, naissance du culte des saints dans le Tamil Nadu et rattachement problématique du corpus des hymnes dévotionnels tels qu'on les connaît aujourd'hui à des temples précis.

Iconographie et épigraphie des temples de Puncai, de Tiruccennampunti et de Tirumankalam

Les corpus épigraphiques de ces trois temples, entièrement inédits pour ce qui concerne Tirumankalam, une seule inscription publiée pour ce qui concerne Puncai et en partie inédit pour ce qui concerne Tiruccennampunti, ont été rassemblés, transcrits et édités. Leur publication soulève des difficultés techniques liées à la spécificité du corpus épigraphique tamoul. Elle pourrait se faire en ligne, en privilégiant les données photographiques recueillies au cours du projet.
La préparation des corpus iconographiques pour une publication est en cours d'achèvement.

Ces corpus donnent lieu à des études thématiques portant sur l'évolution des dieux de bhakti en pays tamoul et sur la nature de la relation entre ces fondations dites de village et le pouvoir central de l'âge chola, qu'elles permettent de mieux cerner (part de la légende et celle de l'histoire dans l'établissement du corpus du Tevaram, le corpus d'hymnes dévotionnels shivaïtes tamouls [en particulier le rattachement d'hymnes à des sites précis], naissance du culte des saints shivaïtes dans le pays tamoul ; relations entre shivaïsme et vishnouisme durant l'âge chola...). Les études sont menées en collaboration avec d'autres chercheurs, de l'EFEO et en dehors de cette institution. Parmi ces derniers, on distinguera ici Jean-Luc Chevillard (CNRS), Emmanuel Francis (Université de Louvain, Belgique) et Leslie Orr (Université Concordia, Canada).

L'iconographie de Krishna dans les temples de village chola : tradition septentrionale et dévotion tamoule
L'établissement d'une iconographie krishnaïte propre à l'Inde méridionale fait l'objet d'une collaboration avec André Couture (Université Laval, Québec) dans son évaluation de l'apport du Harivamsha, un texte sanskrit originaire de l'Inde septentrionale et daté entre le IIe et le IVe siècle de notre ère. La confrontation de l'iconographie nord-indienne et des textes sanskrits avec la tradition méridionale illustrée dans les temples de village chola et les hymnes dévotionnels vishnouites, étudiés avec la collaboration de R. Varada Desikan (EFEO, Pondichéry), permet de réévaluer le rôle joué par le Sud de l'Inde dans l'évolution d'un Krishna pan-indien. La figure de Krishna an flûtiste fait se rejoindre cette part du projet et le premier volet portant sur les figures divines en pays tamoul.

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